La formation postgraduée en chirurgie pédiatrique exige de solides compétences professionnelles ainsi qu’un engagement personnel important, et joue un rôle déterminant dans la formation de la prochaine génération de chirurgien.ne.s pédiatres. Afin de mieux comprendre le point de vue des médecins en formation, nous avons rencontré une médecin assistante pour discuter de son parcours, de ses attentes et des défis qu’elle rencontre au cours de sa spécialisation. Dans cet entretien, elle explique ce qui la passionne dans la chirurgie pédiatrique, comment elle perçoit la situation actuelle de la formation en Suisse et quelles évolutions elle souhaiterait voir émerger pour l’avenir de la spécialité.
Qu’est-ce qui t’a initialement motivée à entreprendre une formation en chirurgie pédiatrique ?
Mon premier contact avec la chirurgie pédiatrique remonte à mon tout premier semestre d’études de médecine, dans le cadre d’un stage infirmier. Depuis lors, cette spécialité me passionne et je ne peux tout simplement pas m’imaginer exercer une autre discipline.
Qu’est-ce qui te fascine particulièrement dans la chirurgie pédiatrique par rapport aux autres disciplines chirurgicales ?
La chirurgie pédiatrique m’a captivée dès le début. C’est une spécialité incroyablement riche et diversifiée, offrant une immense variété d’activités. À mes yeux, elle représente la dernière véritable discipline chirurgicale généraliste, couvrant presque tous les domaines de la chirurgie, de la traumatologie à la chirurgie viscérale, en passant par la neurochirurgie. Elle exige donc des connaissances chirurgicales extrêmement larges. Elle permet d’acquérir une compréhension globale de la médecine, et plus particulièrement de la chirurgie. Mais pour devenir un bon chirurgien pédiatre, il est également indispensable d’intégrer des domaines tels que la pédiatrie et l’embryologie. Nous prenons en charge une population de patient.e.s unique et très variée, allant du nouveau-né à l’adolescent. Les différentes tranches d’âge se distinguent tant par leurs pathologies que par leurs caractéristiques physiques et psychosociales, chacune présentant ses propres spécificités.
Au-delà du cliché selon lequel les enfants ne sont pas de « petits adultes », il existe des différences considérables entre un nourrisson de 600 g et un adolescent de 90 kg. Pourtant, il est tout à fait possible de traiter ces deux patients au cours d’une même journée. Je n’ai retrouvé une telle richesse dans aucune autre spécialité.
Quelles étaient tes attentes avant de commencer ta formation ? Lesquelles se sont confirmées et lesquelles ont évolué ?
J’attendais avant tout une spécialité chirurgicale vaste, avec de nombreuses sous-disciplines, un travail opératoire minutieux ainsi qu’une approche davantage centrée sur le patient que dans d’autres domaines. Ces attentes ont été pleinement satisfaites. En revanche, ce qui demande plus de patience que je ne l’avais imaginé au départ, c’est la progression de la formation au bloc opératoire.
Selon toi, quels sont les éléments qui caractérisent une bonne formation chirurgicale ?
Un volume élevé de cas est utile dans tous les domaines de la médecine pour acquérir de l’expérience et développer une véritable expertise. Associé à une formation structurée qui, en Suisse, est particulièrement bien conçue et rigoureusement organisée, cela constitue selon moi la base d’une excellente formation chirurgicale.
Cela dit, la chirurgie pédiatrique est aussi la spécialité des « licornes ». Nous sommes confrontés à des pathologies extrêmement rares, pour lesquelles il est impossible d’atteindre des volumes de cas élevés. Dans ce contexte, il me paraît essentiel de discuter des cas complexes et rares à l’échelle multicentrique. Cela permet aux jeunes collègues en formation, mais aussi aux chirurgien.ne.s pédiatres plus expérimenté.e.s, d’acquérir de l’expérience, par exemple grâce à des observerships au bloc opératoire ou à une participation à la prise en charge hospitalière des patient.e.s.
Comment évalues-tu la situation actuelle de la formation postgraduée en chirurgie pédiatrique en Suisse ?
L’une des grandes forces de la formation suisse réside dans sa structuration réfléchie, avec des objectifs clairement définis et un nombre de cas à atteindre. Le changement planifié de centre de formation permet également d’élargir son expertise et de développer son réseau au sein de la communauté de la chirurgie pédiatrique.
En revanche, il est souvent difficile d’atteindre les volumes de cas requis. Cela est en partie inhérent à la spécialité elle-même, mais également lié à la taille relativement modeste de la Suisse et à son taux de natalité. De plus, en raison de leur complexité ou du très jeune âge des patient.e.s, de nombreuses interventions sont réalisées et supervisées directement par les médecins cadres.
Dans ce contexte, il est judicieux de subdiviser certaines interventions en différentes étapes, dont les premières ou les plus simples peuvent être réalisées par les médecins assistant.e.s. Cela permet d’assurer une formation opératoire concrète et progressive.
Quelles améliorations souhaiterais-tu voir mises en place ?
Une piste de solution pourrait être le partage et la discussion multicentrique des cas. Par ailleurs, l’apprentissage par simulation offre un potentiel considérable. Il permet de s’exercer de manière répétée et sécurisée à des situations rares ou potentiellement dangereuses dans un environnement contrôlé. La simulation devrait faire partie intégrante de la formation, en particulier la simulation d’interventions chirurgicales ou de certaines de leurs étapes. De plus, compléter le catalogue opératoire requis demande parfois plusieurs années au-delà de la durée théorique de la formation. Cela ne peut se faire qu’en étroite collaboration avec les centres de formation. Il est essentiel que les responsables de la formation s’engagent clairement à transmettre leurs connaissances et, surtout, leur expérience pratique à la jeune génération.
As-tu l’impression que les jeunes chirurgien.ne.s d’aujourd’hui ont des attentes différentes vis-à-vis de la formation par rapport aux générations précédentes ?
La formation en chirurgie est longue et exigeante, et demande un investissement considérable. Cet engagement, je le retrouve chez tous les jeunes chirurgien.ne.s avec lesquels je suis en contact.
La différence que j’observe par rapport à la génération précédente est que la profession est de plus en plus considérée comme un métier plutôt que comme une vocation au sens large. La jeune génération reste prête à consacrer beaucoup de temps et d’énergie à sa carrière, mais elle souhaite également pouvoir s’investir dans d’autres aspects de sa vie, que ce soit en tant que parent, dans des activités bénévoles ou dans d’autres engagements personnels.
Je pense que ces différences reflètent des expériences et des attentes distinctes. Si nous en prenons conscience et engageons le dialogue, je suis convaincue que cela peut contribuer à améliorer à la fois nos conditions de travail et la qualité des soins apportés aux patient.e.s.
Par ailleurs, les jeunes chirurgien.ne.s souhaitent souvent recevoir un retour régulier et concret tout au long de leur formation, une attente qui est de plus en plus prise en compte de manière structurée dans les programmes de formation.
Comment penses-tu que la chirurgie pédiatrique évoluera au cours des dix prochaines années ?
Plusieurs évolutions seront de plus en plus intégrées à notre pratique quotidienne, comme c’est déjà le cas dans de nombreux autres domaines de la médecine. Aujourd’hui déjà, des comptes rendus médicaux générés par l’intelligence artificielle sont utilisés, et des modèles 3D sont créés afin de mieux planifier les interventions complexes. Ces technologies continueront très probablement à se développer et à se perfectionner.
La robotique joue également un rôle croissant en chirurgie. Toutefois, les dispositifs adaptés aux dimensions anatomiques des nourrissons et des jeunes enfants restent rares et souvent insuffisants sur le plan technique. Ce domaine offre donc un important potentiel de progrès.
J’espère également que certaines maladies que nous ne comprenons pas encore pleinement feront l’objet de davantage de recherches et seront mieux élucidées à l’avenir.
De manière générale, les spécialités médicales qui prennent en charge les enfants ne sont pas considérées comme particulièrement lucratives. Cela se traduit par des investissements plus limités, tant de manière générale que dans le financement de la recherche. J’espère sincèrement que la prise de conscience de l’importance d’investir dans nos enfants se renforcera, car c’est investir dans notre avenir et dans le bien-être de l’ensemble de la société. Je suis convaincue que beaucoup de choses sont possibles si nous le souhaitons collectivement en tant que société.




